Samedi6septembre
Boulton Creek Campground
Ce matin, nous avons quitté le camping de Bow Valley pour nous rapprocher des lacs de Kananaskis. Nous voici donc à notre nouveau lieu de villégiature, le Boulton Creek Campground situé à 5 minutes en voiture des lacs. Une fois installés, un petit tour aux sanitaires du camping s'impose avant de partir pour la journée faire le tour des lacs. Les affiches alertent comme un peu partout à bien avoir en tête que les ours grizzlis et noirs peuvent fréquenter le camping, comme ce fut le cas le 16 juillet dernier où un ours noir avait endommagé une tente inoccupée... Les protocoles de sécurité imposent de sécuriser tout produit odorant ou reste de nourriture dans des contenants hermétiques pour prévenir les interactions avec la faune. Il est également fortement conseillé d'avoir avec soi un répulsif au poivre, couramment nommé "bear spray", précaution standard pour les randonnées dans les espaces naturels...
Toutes les poubelles sont également sécurisées. Il faut pousser un loquet caché pour pouvoir ouvrir les trappes.
Kananaskis village
Avant de rejoindre l'Upper Lake, nous faisons un petit détour au Kananaskis Village. Initialement conçu pour les Jeux olympiques de 1988, ce complexe hôtelier entouré de forêts d'épinettes blanches permet un accès direct aux sentiers de randonnée. Le joli cadre sert également de vitrine aux grands rassemblements, comme en juin dernier où le village a accueilli le sommet du G7.
Upper Kananaskis Lake
Et nous voici devant la star, le lac Kananaskis, le Upper pour être plus précis, le Lower étant un peu plus loin juste sur la droite.
Bien que d'apparence sauvage, le lac Upper Kananaskis est un réservoir dont la physionomie actuelle résulte de travaux. Dès les années 1930, la compagnie Calgary Power a érigé des barrages pour rehausser le niveau du lac naturel originel et alimenter les turbines situées en aval. Le site est aujourd'hui intégré au parc provincial Peter Lougheed, créé en 1977 pour encadrer les activités récréatives de la vallée.
En ce qui nous concerne, l'activité récréative du jour se résumera à marcher jusqu'au lac Rawson, petit lac voisin du grand. Et comme parfois, certains sentiers sont fermés en raison de la présence de plusieurs grizzlis en quête de nourriture...
Cela ne nous arrête pas et nous décidons de braver l'interdiction, comme la très grande majorité des randonneurs présents... 
Les montagnes ajoutent de la majesté au lieu. De gauche à droite, le mont Sarrail (2362 mètres), le Lakeview station (2930 mètres), et à droite, le Mont Indefatigable (2650 mètres).
Pensez à sourire quand vous passerez devant les caméras à déclenchement automatique. Cette station de surveillance est-elle là pour capturer des images de grizzlis, Ursus arctos horribilis, ou du touristus randonarus ?

C'est ici que nous bifurquons sur la gauche pour nous engouffrer dans la forêt de pins qui va nous mener jusqu'au lac Rawson.
Au terme de 45 minutes de marche dans la forêt, nous atteignons notre but du jour, le lac Rawson. Nous n'avons plus qu'à longer la rive pour gagner l'extrémité qui nous fait face au pied du cirque de Sarrail.
Un canot pneumatique sur pattes !!! Ah non, parmi les randonneurs certains sont surtout pêcheurs et viennent avec leur équipement pour profiter pleinement du lac.
L'écorce de ce conifère est colonisée par des organismes symbiotiques typiques des forêts anciennes de l'Alberta. Les filaments bruns qui pendent appartiennent au genre Bryoria, une source de nourriture hivernale importante pour certains ongulés. Ils contrastent avec la couleur fluorescente du lichen du loup (Letharia vulpina), une espèce toxique qui ne pousse que sur le bois mort ou l'écorce sèche. Ces bio-indicateurs sensibles à la pollution témoignent de la pureté de l'atmosphère dans le secteur du lac Rawson.
L'If du Canada (Taxus canadensis). Ses aiguilles plates et pointues sont toxiques, protégeant la plante de la plupart des herbivores.
Une petite baignade entre deux rayons de soleil si le coeur vous en dit !!! Pas pour moi en tout cas
, l'eau devait sûrement ne pas dépasser les 10 degrés. 
Ha ! Un spermophile à mante dorée (Callospermophilus lateralis) ! C'est toujours un vrai régal d'observer ce petit rongeur très curieux des va-et-vient des randonneurs de passage !

Posé sur les éboulis calcaires, le Spermophile guette le moindre mouvement aux abords du sentier. Ce sciuridé se différencie de son cousin le Tamia par l'absence totale de rayures sur sa tête. Adapté aux environnements d'altitude, il passe la belle saison à emmagasiner de l'énergie avant d'entrer en hibernation dès les premiers froids.
Je vais gentiment mitrailler le photogénique rongeur qui, sans le savoir, remplit la carte de mon appareil photo... 
Bon, ce n'est pas le tout, mais il faut rebrousser chemin. Eh oui, le sentier ne fait pas vraiment le tour du lac. Il va donc falloir tout refaire en sens inverse ! 
Retour au grand Upper Lake avec, en face, le mont Indefatigable. Son nom n'a rien à voir avec les sportifs randonneurs, mais avec le croiseur de bataille HMS Indefatigable de la Royal Navy. Ce navire a tragiquement sombré avec 1019 hommes à son bord lors de la bataille du Jutland en 1916 durant la Première Guerre mondiale.
Boulton Creek Campground
Retour au camping Boulton Creek. Ma petite tente deux secondes a plus d'espace qu'il n'en faut pour s'étendre...
Dimanche7septembre
Nouvelle journée dans le pays de Kananaskis. Après quelques courses à Canmore, la petite ville la plus proche, nous reprenons la route pour rejoindre à nouveau l'Upper Kananaskis Lake.
upper kananaskis lake trail
Hier était consacré à la randonnée jusqu'au petit lac voisin, le lac Rawson. Aujourd'hui, c'est au grand Upper Lake que nos jambes vont se consacrer pour nous en faire faire le tour... 
Le lac Upper Kananaskis est celui le plus au sud, il se prolonge au nord avec l'allongé lac Lower Kananaskis. Le début du sentier est le même qu'hier, mais au lieu de bifurquer à gauche dans les bois, cette fois-ci, nous resterons toujours le long des berges du grand lac.
Au ras du sol, des quatre-temps (<;i>;Cornus canadensis<;/i>;) ou <;i>;cornouillers du Canada<;/i>; proposent leurs baies, comestibles mais pas très bonnes. Il vaut mieux les laisser aux ours qui pourront en profiter pour gagner quelques calories pour leurs réserves d'hiver...
Ces longs filaments bruns suspendus aux branches des conifères sont des lichens arboricoles du genre Bryoria, souvent surnommés crins de cheval. Indicateurs biologiques d'une excellente qualité de l'air, ils constituent une source de nourriture hivernale essentielle pour les cervidés de la vallée de Kananaskis.
Les eaux immobiles du lac Kananaskis Supérieur sont un parfait miroir pour la silhouette pyramidale du mont Indefatigable... 
Ce champignon au chapeau rouge vif appartient au genre des Russules. Il prospère dans l'humidité des sous-bois de conifères.
Les perles de résine dorée s'écoulent le long de l'écorce grise du Sapin subalpin (Abies lasiocarpa) pour cicatriser les blessures de l'arbre. Juste à côté, les branches suspendent des lichens (Bryoria), organismes qui ne prospèrent que dans un air pur.
L'Actée rouge (Actaea rubra) est toxique pour l'être humain. Les toxines agissent rapidement et peuvent provoquer un arrêt cardiaque. L'ours n'y est pas sensible mais cette baie ne représente qu'une petite fraction de son alimentation de fin d'été.
Un Orignal ! Il est loin mais mon zoom me rapproche un peu d'un des emblèmes de la faune canadienne. Malgré sa masse imposante, l'orignal (Alces alces) est d'une grande discrétion. Nous ne l'aurions peut-être pas vu si d'autres promeneur ne nous l'avait pas montré. Merci car ce sera le seul que nous verrons de tout le voyage ! 
Chez l'Orignal, la distinction entre les sexes est immédiate grâce aux bois massifs et palmés qui ornent exclusivement la tête du mâle.
Reprenons le sentier boisé qui longe le lac. Au loin, c'est la montagne Lakeview Station. L'accès à ce sommet est interdit aux randonneurs afin de sanctuariser l'habitat du Grizzli.
Sur les bords du sentier, le sol disparaît parfois sous un épais manteau d'hypnes de Schreber (Pleurozium schreberi). Ce tapis végétal retient l'humidité nécessaire au développement de plantes couvre-sol discrètes comme la ronce à cinq folioles (Rubus pedatus).
Ce tronc d'épinette porte les stigmates de l'activité intense du Grand Pic (Dryocopus pileatus). À la recherche de fourmis et de larves xylophages, cet oiseau creuse de profondes excavations rectangulaires caractéristiques. Ces blessures infligées au bois mort jouent un rôle écologique en créant des niches pour d'autres espèces de la vallée.
Nous sommes à l'extrémité ouest du lac. Il faut s'enfoncer dans la forêt pour pouvoir passer les rivières qui rejoignent le lac.
Oh, un geai de Steller (Cyanocitta stelleri) ! Son plumage bleu et à sa huppe noire sont inratables. On observe souvent ce corvidé près des points d'eau où il recherche des graines ou des insectes.
Ce tronc révèle l'activité cachée des insectes xylophages. Sous l'écorce qui se détache par plaques, on distingue les galeries sinueuses creusées par des larves xylophages.
Cet ester est visité non pas par une abeille mais par une éristale gluante (Eristales tenax), une mouche qui évite ainsi les prédateurs qui la confondrait avec l'insecte au dard piquant... 
Le ventre plein, nous reprenons le sentier de randonnée. Les couleurs d'automne sont déjà dans cette prairie qui borde le Upper lake.
Posé sur un rocher, ce longicorne noir (Monochamus scutellatus) va prendre son envol. Ce coléoptère, typique des forêts de conifères, se reconnaît à ses antennes annelées démesurées et à la tache blanche située à la base de ses ailes, le scutellum. 
Loin de tout, le petit camping "Point Campground" sans eau courante ni électricité, est situé juste derrière ce petit étang. Il faudra vous procurer un permis spécial d'accès à l'arrière-pays pour y séjourner.
Un Pika d'Amérique !!! Ochotona princeps. Il se tient immobile devant l'entrée de son terrier ! Ce petit cousin du lièvre est un infatigable travailleur qui stocke inlassablement des herbes séchées pour subsister durant les mois de neige. 
Le sentier traverse un cône de déjection minéral au pied des parois de calcaire et de dolomie. Les lignes horizontales tracées dans la roche correspondent aux anciennes couches sédimentaires soulevées lors de l'orogenèse des Rocheuses. Quelques spécimens d'épinette (Picea) et de sapin subalpin (Abies lasiocarpa) parviennent malgré tout à s'enraciner dans ce sol pauvre.
Les cycles de gel et de dégel provoquent le phénomène géologique de la gélifraction. L'eau s'infiltre dans les fissures des parois calcaires puis gèle, brisant la roche en fragments de tailles diverses. Ces débris tombent ensuite et s'accumulent par gravité pour former un cône de déjection à la base des versants.
Hop, un écureuil qui fait le fou et qui montre son oeil !
Cet un écureuil roux d'Amérique (Tamiasciurus hudsonicus).
Et voici le Lower Kananaskis Lake ! Il n'a pas usurpé son nom, il est bien plus bas que le Upper lake... 
Une plaque commémorative rappelle l'origine du nom du mont Putnik dans le pays de Kananaskis. Ce sommet fut nommé en 1918 en hommage au maréchal serbe Radomir Putnik pour souligner l'alliance entre le Canada et la Serbie durant la Première Guerre mondiale.
Le reste de la randonnée se fera sur le bitume, le bois qui nous sépare du point d'arrivée étant interdit, ours dans les parages oblige... 
Et nous voici déjà de retour au Boulton Creek Campground pour l'apéro
. Tout comme en Namibie et en Afrique du Sud, il sera souvent accompagné de viandes séchées
. Pour ce soir, ce sera du boeuf. 
















































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very good indeed